Les articles sur le film

EXTRAITS REVUE DE PRESSE

Ce documentaire sensible et fort donne à voir et à entendre
les invisibles souffrances et intelligences ouvrières

L’Humanité

Il ne s’agit pas d’opposer l’homme et l’animal
sur l’échelle de la douleur, mais bien de rétablir
un fait incontestable : les « saigneurs »,
comme tous les prolétaires de nos usines,
subissent de plein fouet les cadences infernales d’un modèle néolibéral à bout de souffle, qui nie toute humanité.

Télérama

Hallucinant. Il n’y a pas d’autre mot.
Ce doc sur le fonctionnement d’un abattoir
moderne (et modèle) est incroyable {…}
en termes de cinéma c’est une sacrée réussite

Nouvel Obs

Par touches, les cinéastes fournissent aux ouvriers
une respiration qui permet à la fois de se familiariser
avec chacun et de comprendre simultanément le scandale
et la beauté de ce qui s’accomplit quasi mécaniquement
tous les jours. Sans véhémence, ni surplomb, Saigneurs dévoile un monde inconnu, tout autant banalement humain qu’inhumain.

Le Monde

C’est la force des grands documentaires : montrer avec précision un cas particulier pour questionner tout un système
La Vie

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR KAREEN JANSELME LUNDI, 4 AVRIL, 2016 L'HUMANITÉ

Les scandales de maltraitance dans certains établissements ont démontré, au-delà de la violence insoutenable faite aux bêtes, les cadences infernales imposées aux ouvriers.

« Découpeur, tripier, désosseur, saigneur, le pire des métiers »

Les scandales de maltraitance dans certains établissements ont démontré, au-delà de la violence insoutenable faite aux bêtes, les cadences infernales imposées aux ouvriers.

Entretien avec les réalisateurs de Saigneurs, qui ont suivi ces femmes et ces hommes au quotidien pendant des mois.

Quelle a été votre première impression en entrant dans l’abattoir ?

Raphaël Girardot Le bruit et la cadence sont impressionnants. Les deux sont extrêmement liés. C’est un bruit strident, rythmé, fait par des machines, le bruit de la mécanisation pour dépecer les bêtes, mais aussi celui des chaînes, des crochets. Tout cela donne vraiment le rythme et oppresse très vite, plus que la vue.

Vincent Gaullier Deux bruits ressortent de ce magma dans lequel on s’immerge quand on entre dans un hall d’abattage. D’abord les sirènes de sécurité, qui se mettent en route toutes les trois minutes quand la chaîne se coince, ou que quelqu’un a besoin de plus de temps pour faire une bête. Cela participe du stress. Et le second bruit étonnant, c’est celui des coups de couteaux que les ouvriers donnent dans les tubulures pour communiquer. Il y a tellement de bruit qu’ils ne peuvent pas se parler. Pour capter l’attention d’un chef ou d’un collègue situé juste deux postes plus loin, l’ouvrier tape et, à ce moment, le collègue lève le regard et lit sur ses lèvres. On est dans cet enfer-là en permanence.

Quel est le profil de ceux qui travaillent dans les abattoirs ?

Vincent Gaullier Il y a vingt-trente ans, les ouvriers possédaient un CAP boucherie-charcuterie, ils étaient formés pour moitié. Les autres étaient fils de paysans ou ouvriers agricoles, et venaient là parce qu’il n’y avait plus de boulot. Mais tout a changé, il y a beaucoup moins de gens formés. L’entreprise recherche en permanence « des gars et filles sérieux », comme ils disent. Les gens apprennent 2-3 jours sur un poste. Après, on les laisse tout seuls bosser alors qu’il leur faudrait un apprentissage plus long pour réaliser de meilleurs gestes et se faire moins mal. Le métier est tellement aliénant que les gens ont du mal à en sortir. Quand ils rentrent chez eux, ils sont trop fatigués pour faire quoi que ce soit et chercher mieux. Ce ne sont pas des choix de vie. Dans le film, Fred dit « je n’ai aucune ambition, je suis resté là » : c’est le destin de la majorité d’entre eux. Personne ne fait le rêve de bosser en abattoir.

Raphaël Girardot C’est aussi un savoir-faire qui se perd. Tu apprends sur la chaîne. Tu arrives, on te met tout de suite au boulot, avec un rythme de 60 vaches à l’heure ou 220 agneaux : c’est hallucinant. Une bête toutes les minutes, 300 bêtes dans la journée. Le directeur des abattoirs n’arrive plus à fidéliser les jeunes. Il y a une disparité salariale énorme entre les anciens et les nouveaux. Les nouveaux sont embauchés au smic, alors qu’avant c’était un métier plus cher payé, car reconnu comme dur. Aujourd’hui, la progression au sein de l’entreprise est quasi nulle, car les ouvriers ne changent pas de postes. Les anciens maîtrisent plusieurs postes, leurs salaires ont augmenté à chaque changement, et ils gagnent deux fois le smic à 50 ans. C’est pour cela qu’ils restent. Les autres ont très peu d’évolution de carrière. Sur 110 personnes qui bossent, huit casques rouges sont contremaîtres. Les autres resteront là où ils sont. Et maintenant, SVA appartient à Intermarché avec une logique industrielle et économique qui n’a rien à voir avec l’ancienne politique familiale où on pouvait un peu négocier. C’est la rentabilité à outrance et tout le monde est embauché au smic.

Gestes répétés, dangerosité… Quelles sont les caractéristiques de pénibilité du métier ?

Raphaël Girardot Dans le hall d’abattoir, la pénibilité se caractérise par des gestes répétitifs sous forte cadence. Chez les ovins et les bovins, aucune bête ne se ressemble. Il y a donc très peu d’automatisation. Chaque geste recommencé est légèrement différent du précédent. La répétition provoque maladies et TMS (troubles musculo-squelettiques) : tendinites, épaules fracassées, coups de couteau… La chaleur est aussi très difficile pour le corps. Il y a une grande différence de température quand on se situe en bas ou au-dessus de l’animal. Le bruit transperce les bouchons d’oreille : on est très centré sur soi, on sent la cadence, c’est vraiment aliénant. Les ouvriers se tiennent toujours debout, font du surplace sur un mètre carré d’espace. Deux pas en arrière, ils risquent de toucher une bête. Un pas en avant, ils seraient trop près du couteau du voisin.
Enfin, la pénibilité psychique est à prendre en compte même si pour l’instant, elle est considérée comme nulle. La particularité d’une usine comme celle-là c’est qu’il y a de la mise à mort industrielle. C’est un stress et une souffrance psychologique qui s’additionnent aux autres conditions difficiles de travail. De nombreux ouvriers sont dans le déni. Dans le film, l’un d’entre eux transforme dans son imaginaire la tête découpée de l’animal en une boîte en carton. C’est sa stratégie pour supporter. Dans les facteurs de pénibilité, la souffrance psychique n’est jamais prise en compte. Nous avons rencontré des personnes qui ont quitté les abattoirs. Elles arrivent plus facilement à parler du rapport à la mort. Une femme nous a raconté qu’elle remontait la chaîne en plaçant sa main en paravent le long de ses yeux, comme avec des œillères, pour ne pas voir. Elle a fait ça pendant dix ans sans s’en rendre compte. Elle l’a réalisé en travaillant avec un thérapeute après sa dépression.

Peut-on faire toute sa carrière à l’abattoir ? Le corps peut-il tenir ?

Raphaël Girardot À quel prix ! Quand on voit partir des hommes à la retraite à 60 ans, ils ont déjà été opérés deux ou trois fois, avec des arrêts maladie de plus d’un an. Comme me disait un syndicaliste, une fois à la retraite, certains n’ont même plus la force de tenir la canne à pêche. L’ouvrier a fait en sorte de tenir jusqu’au bout pour ne pas être licencié pour invalidité, mais après il n’a plus de corps. Tenir en bonne santé dans cet endroit-là est impossible.

Comment réagissez-vous aux images diffusées la semaine dernière dénonçant des violences faites aux bêtes en abattoir ?

Vincent Gaullier On a vu le Monde faire sa couverture sur l’abattoir au Pays basque. Il y a quelques semaines c’était au Vigan et avant à Alès. À chaque fois qu’il y a une image produite par l’association L214, elle fait la une des journaux. C’est en effet insupportable, je ne le conteste pas. Mais objectivement, je pense que la manière dont les ouvriers sont traités dans les abattoirs devrait aussi faire la une des journaux. Selon l’article, dans les abattoirs du Pays basque incriminés, la cadence est tellement importante que les ouvriers n’ont pas le temps de faire leur boulot. Ce n’est pas un comportement des ouvriers qui est insupportable, c’est la cadence imposée aux ouvriers qui est insupportable.

Ces ouvriers ressentent-ils de la fierté à nourrir la population, donnant un sens important à leur travail, ou ont-ils honte de ce qu’ils représentent ?

Vincent Gaullier C’est ça qui est terrible, il y a vraiment l’ambivalence. D’un côté, ils sont fiers de nourrir les citoyens, leurs proches. Ils savent que c’est important et ça les fait tenir. Et d’un autre, ils ne peuvent pas partager leur métier avec l’extérieur, le raconter aux voisins. Cela reste une profession honteuse. Comme pour les thanatopracteurs : il a fallu la série Six Feet Under pour qu’on découvre qu’ils faisaient attention aux corps des défunts, que c’était un métier noble. Aucune valorisation n’est faite du métier d’abatteur.

TÉLÉRAMA

LE NOUVEL OBS

POLITIS

par Séverin Muller, sociologue du travail, Université Lille 1

Saigneurs est un film rare
car il montre sans détour
ni sensationnalisme un monde rendu invisible, celui des abattoirs et des ouvriers qui y travaillent.

Comment montrer et donner à penser les abattoirs autrement que des lieux de mise à mort animale et de production industrielle d’aliments carnés ? Comment évoquer la condition ouvrière quand les débats se focalisent sur la condition animale et sur les modes de consommation, condamnant a priori les travailleurs des abattoirs ?

En son temps, Upton Sinclair l’apprit à ses dépends. Lorsque paraît The jungle en 1905, son but est de dénoncer l’exploitation des migrants et de la classe ouvrière dans les abattoirs de Chicago. Finalement, son ouvrage servira à déclencher la plus grande réforme sanitaire de l’histoire des Etats-Unis, ce qui lui vaudra cette sentence : « Visant le cœur du public, je l’ai atteint à l’estomac ». C’est tout l’intérêt et la force de Saigneurs : il renverse les clichés pour nous faire accéder à l’humanité, celle des femmes et des hommes des abattoirs, qui vivent et racontent leurs conditions, le rapport qu’ils entretiennent à ce «sale boulot».

Cette profondeur de champ est le fruit d’une longue enquête et d’une connaissance intime du milieu. Vincent Gaullier et Raphaël Girardot ont fait des choix filmiques radicaux, tous pertinents pour que nous puissions accéder à une autre réalité, celle de la vie au travail sur les chaîne d’abattage, mais aussi, de façon intelligente et sensible, celle des corps usés et de la souffrance silencieuse qui s’exprime au moment des pauses, lors des réunions impromptues ou à la sortie de l’usine. A ma connaissance, seul Frederick Wiseman dans le monumental Meat sorti en 1976, avait réussi à capter ce travail réel, les moments de distraction «volés» pour conjurer l’ennui et la fatigue.

En définitive, ce film vient enrichir d’une belle façon la compréhension, parfois tâtonnante, que j’avais eue du travail alors que j’étais moi-même ouvrier dans un abattoir pour les besoins de mon enquête : saisir la manière dont les salariés vivent et mettent à distance la mort omniprésente, mais aussi leurs aspirations et leurs doutes, leur rapport ambigu aux dangers et aux accidents trop nombreux. Saigneurs va au-delà en prenant à bras le corps le sujet de la difficile reconnaissance des risques du travail, physiques et mentaux, qui semblent d’autant mieux acceptés au sein de la société qu’ils concernent les travailleurs invisibles.

Ce qui écrase les ouvriers, c’est bien le système qui organise leur usure accélérée, cette interchangeabilité humaine comme s’ils s’agissaient de pièces mécaniques, et dont, évidemment, ils ne sont pas dupes. « On cassera combien de personnes comme ça ? ». Cette capacité qu’ont les auteurs à sonder l’intelligence et la conscience des «exécutants» témoigne d’une approche profondément humaniste de ces oubliés du monde du travail. Rare et précieux, vous dis-je.

Séverin Muller
Publications

À l’abattoir.
Travail et relations professionnelles face au risque sanitaire, Versailles, 2008, Éd. Maison des Sciences de l’Homme-Quae, coll. « Natures sociales »
http://www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100625480

Observer le travail.
Histoire, ethnographie, approches combinées
(co-direction avec Arborio A.-M., Cohen Y., Fournier P., Hatzfeld N., Lomba C.), Paris, 2008, La Découverte, coll. « Recherches ».
http://www.cairn.info/observer-le-travail--9782707153883-p-7.htm

Tribune de William ÉLIE
Administrateur des Ami.e.s de la Confédération paysanne

L'actualité des abattoirs
liée à la maltraitance animale
ne doit pas cacher la détérioration des conditions de travail des salariés de l’agroalimentaire.
Quelle voie envisager pour une éthique du « bien vivre »
qui donne sa place à l'élevage ?

Mieux appréhender la coexistence humaine et animale, un enjeu sociétal

Vivre avec les animaux, c’est se soucier des animaux sans oublier les hommes en reconnaissant l'espace commun qu'ils partagent sur notre planète. Nos vies sont intimement liées depuis les origines, les animaux ont façonné la condition humaine et ce n'est pas en ignorant la souffrance animale qu'on soulage celle des hommes. « Mieux vivre », c'est aussi intégrer les coûts sociaux des dommages environnementaux et sanitaires causés par l'industrialisation, en reliant condition animale et justice sociale. La question animale ne pose pas seulement des problèmes moraux, elle révèle les dysfonctionnements d'une organisation du travail et d'une économie dont les hommes sont aussi les premières victimes.

C'est devenu une question politique avec la place de l'éthique dans la prise en compte des « êtres sensibles », elle concerne tous les domaines de notre vie, de l'alimentation et de l'éducation au commerce et à l'industrie alimentaire. Parallèlement, la détresse actuelle des éleveurs contraints à un modèle de développement basé sur la productivité, celui des petits paysans expropriés par les grandes firmes agro-industrielles peut être mis en relation avec la violence sur les animaux (manifestations de cruauté sadique) qui révèle souvent une violence intra-familiale. Dorénavant, les animaux ont aussi des droits, le respect envers les bêtes ne retire pas des droits aux hommes.

Aujourd’hui la protection animale doit questionner également la condition humaine, celle des paysans, celle des ouvriers agricoles, salariés de l’agroalimentaire et par extension les signes contemporains de souffrance psychique. Chez les paysans, le mal-être est souvent lié à l’endettement, au manque de revenu, aux contraintes de travail et de la vie familiale. Dans le quotidien des ouvriers d'un abattoir, le travail comme en témoigne le film «Saigneurs» de V.Gaullier et R.Girardot 1, c’est une activité « pénible, dangereuse,sous-payée, précaire…» largement méprisée par notre société de consommation qui délègue le «sale boulot» aux prolétaires de l’agro-industrie.

La crise que vit le monde agricole témoigne de la faillite des politiques de développement agricole, d'un modèle intensif et de spécialisation des productions, du marasme de la profession agricole et du mépris à l’égard des salariés de l’agroalimentaire. Tandis que les ouvriers sont soumis aux cadences infernales du système industriel taylorisé, les éleveurs sont les premières victimes du stress, de la dépression, et le bien-être animal est « sacrifié ».

Les femmes et les hommes n'ont-ils pas droit au bien-être ?

Il revient à la communauté paysanne de redonner du sens à son travail et à la mission alimentaire de l’agriculture, et restaurer la conscience du lien patrimonial qui la relie à la terre nourricière et à la société en mutation.

La surcharge de travail, l’endettement permanent, le manque de reconnaissance…course au rendement pèsent sur la quotidien des paysans, les dysfonctionnements au sein du monde professionnel prolongent la dégradation des conditions de travail. L'exploitation animale s'accompagne aussi de l’exploitation humaine dans un contexte d'hémorragie de l’emploi agroalimentaire et de désertification des campagnes. En 20 ans, la France du productivisme, celle du « progrès mécanisé » a perdu 50% de ses paysans.

Les problèmes au sein des abattoirs témoignent des insuffisances de personnel et de formation, d'un manque d'efficacité des contrôles vétérinaires, de traçabilité des viandes et des risques sanitaires.

La coexistence animale et humaine trouve une continuité aujourd’hui avec nos préoccupations de modes de consommation et de limitation de consommation de viande. Elle s'accompagne d'une nécessité de retour de la confiance des consommateurs vis-à-vis de l’alimentation, l’amélioration de l'impact environnemental de la production agricole et le maintien d'équipements de proximité et d’intérêt général/public au service de filières d’élevage qui font vivre les territoires. En ces temps de crise économique (et de valeurs), de nombreux paysans victimes de mal-être (épuisement, isolement, difficulté de transmission...) ont recours aux circuits courts alimentaires et y trouvent une solution à leur problème personnel au contact du public.

Mieux vivre ensemble, c'est offrir des emplois et des revenus décents aux salariés du monde agricole, produire une alimentation de qualité nutritive et gustative accessible à tous, œuvrer à la transition écologique de l’agriculture en produisant de façon agroécologique grâce aux vertus d'une agriculture à visage humain qui fabrique de l'humus, fertilise les sols et considère ses animaux.

LA VIE - YOANN LABROUX-SATABIN publié le 18/05/2016

Par leurs témoignages et leurs gestes, filmés au plus près, se dessine un excellent
portrait de la pénibilité dans l'industrie agroalimentaire.
C'est la force des grands documentaires : montrer avec précision
un cas particulier pour questionner tout un système.

« Avec le sang des hommes »

Lorsqu'une voiture arrive flambant neuve chez le concessionnaire, on imagine facilement le chemin parcouru sur la chaîne de production. Mais lorsque le bifteck arrive dans l'assiette, la chaîne de travail fordiste n'est pas la première image qui vient à l'esprit. Et pourtant, au coeur des abattoirs, les ouvriers se succèdent à des postes aussi précis que le sciage du sternum, l'éviscération abdominale ou la coupe des pattes avant. Des tâches physiques épuisantes, renforcées par les cadences imposées : environ 600 vaches passent chaque jour dans l'usine filmée pour ce reportage. Des hommes (et quelques femmes) travaillent avec la mort tout en la frôlant régulièrement : les accidents ne sont pas rares et parfois très graves. Avec en fond sonore le bruit permanent des machines, le film nous immerge dans le quotidien de ces salariés, écartant volontairement la souffrance animale (même si elle reste, en filigrane, omniprésente) pour se concentrer sur celle des hommes. Par leurs témoignages et leurs gestes, filmés au plus près, se dessine un excellent portrait de la pénibilité dans l'industrie agroalimentaire. C'est la force des grands documentaires : montrer avec précision un cas particulier pour questionner tout un système.

Audrey Garric - Article du Monde daté mercredi 29 juin 2016

« Les saigneurs des abattoirs »

LA CROIX - Aude Carasco, le 27/05/2016

Poignant et nécessaire

« L’envers de la côte de bœuf » - LA CROIX

Un cri plaintif de vache résonne dans l’abattoir. Puis, plus rien. « On utilise un matador, une tige qu’on enfonce au niveau du cerveau pour qu’il n’y ait plus d’activité cérébrale », explique un ouvrier. L’animal doit alors être vite égorgé pour éviter qu’il reprenne conscience à ce moment. « Juste après, on lui enlève la peau », poursuit-il. Dans un bruit assourdissant, une chaleur accablante et l’odeur du sang frais, des hommes et femmes étourdissent, saignent, dépouillent et débitent chaque jour, à vive cadence, environ 600 bovins et 1 200 agneaux, dans cet abattoir moderne en Ille-et-Vilaine. Poignant et nécessaire Pendant un an, Vincent Gaullier et Raphaël Girardot ont filmé le quotidien de ces ouvriers d’un hall d’abattoir. Cet établissement breton est le seul à avoir accepté de leur ouvrir leurs portes, à la double condition qu’ils ne tournent pas « de scènes de mise à mort » et montrent « le film avant la diffusion ». Ce témoignage poignant et nécessaire (Pyrénées d’or du meilleur documentaire au Festival de Luchon 2016), s’il fait écho aux débats sur la souffrance animale, dévoile surtout celle des ouvriers de l’ombre, qui fournissent des viandes prédécoupées aux consommateurs. Ils parlent de leurs conditions de travail pénibles, de leur honte de parler du métier, de leur salaire misérable, de leur « compassion pour l’animal ». « Il faut bien travailler ! » Dans un décor de carcasses alignées, ces salariés au casque blanc et à la blouse ensanglantée expliquent leurs gestes, accomplis avec précision, scies et couteaux aiguisés à la main. Les accidents du travail sont nombreux. Les corps, fatigués avant l’heure. « On travaille un matériau noble : la viande bovine. Mais quand on voit toute la souffrance qu’il a fallu pour préparer une côte de bœuf, ça fait parfois réfléchir », confie un ouvrier. Comme la plupart, il n’a pas choisi ce métier – « Il faut bien travailler !»–, mais a acquis un savoir-faire, qui mériterait reconnaissance.
Saigneurs
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